Le Grand Départ
L’heure du grand départ a sonné
Nous sommes tous entassés dans une vaste salle
Démunis, silencieux
Tout s’est déroulé si vite
Nous ne comprenons pas encore l’intensité du drame qui se joue
Nous cherchons du regard quelques visages familiers
Nous nous envoyons des sourires timides pour s’appuyer dans notre épreuve
Je vois d’autres familles se rajouter à la foule déjà nombreuse
Le visage tendu, ils cherchent un endroit pour s’installer
Je n’ai pas encore vu ceux qui nous entassent dans cet endroit
Je sais juste qu’ils sont des étrangers
Une voix nous explique que nous devons laisser nos enfants dans un compartiment qui leur est assigné
Les protestations fusent de partout
Mais aucun choix ne nous est laissé
Je vais porter mon bébé dans la pouponnière offerte par ces inconnus
Je le pose dans le lit, tremblante et le coeur serré
Il sourit et se place confortablement pour dormir
Je laisse son ourson préféré près de sa main
Je dois déjà retourner à ma place
Les couloirs sont baignés d’une douce lumière
Les pleurs des nouveau-nés me donnent l’envie de retourner sur mes pas
Petits anges dans vos berceaux, innocents et impuissants
C’est pour nos folies que vous devez souffrir aujourd’hui
Mais, qu’avons-nous donc faits, parents indignes
Quel événement horrible avons-nous créé ?
L’heure du grand départ a maintenant sonné
Nous nous asseyons dans les sièges rembourrés pour le décollage
Tout se fait si rapidement que nous n’avons pas le temps de prendre notre souffle
Lorsqu’on nous dit que nous sommes autorisés à nous lever, notre maison est déjà disparue au loin
Mais, tout n’est pas encore terminé
Le pire est encore à venir, puisqu’une nouvelle horrifiante nous parvient de bouche à oreille
Il est arrivé un accident grave à la pouponnière
Des berceaux ont chaviré sous les fortes vibrations du décollage
Il y a des morts et des blessés
Je me lance aussitôt vers les couloirs sombre où j’ai dû abandonner mon trésor
J’ai peur de ce que je vais trouver
Je m’en veux, j’en veux à ces étrangers
J’en veux au monde entier
J’arrive à la pièce où est placé son berceau
Il n’a pas bougé d’un millimètre
Bébé est encore profondément endormi
Indifférent aux bruits et aux cris des mères éprouvées
Nous sommes seuls dans cette chambre de fortune
Pour la première fois depuis des heures, je respire
Je tourne mon regard vers le hublot
Dehors, il fait noir
Notre planète n’est plus qu’un souvenir
L’immensité de l’univers me donne le vertige
Je me demande où nous allons nous échouer
Dans le ciel de notre ancienne planète, vers quelle étoile sommes-nous transportés ?
Tout s’est déroulé si vite
Nous ne nous croyions pas en danger
Le jour venait tout juste de se lever
Une belle journée chaude et humide du mois de juin
Puis, les vaisseaux sont arrivés
Ils nous ont rapidement fait embarqués
Sans explication autre que le temps était compté
Je ne sais pas encore quelle catastrophe se préparait à notre insu
Nous en serons sans doute informés lorsque nous serons installés sur notre nouvelle planète mère
Je prends mon bébé et je le sers contre moi
Nous avons reçu le privilège d’une seconde chance
C’est à nous de faire en sorte de ne pas répéter les erreurs du passé
Aussi, à partir d’aujourd’hui
Je te raconterai le fabuleux récit du voyage des rescapés de l’humanité
Je t’offre ce conte rempli d’espoir
Afin qu’il t’aide à t’endormir et qu’il inspire les rêves de tes nuits
Dors mon fils, dors
Demain sera une belle journée
Une nouvelle vie nous est donnée
27 juin 2001
Cyberdépendance
Sa blanche lumière reluit sur mon visage
Il est un peu lent malgré son jeune âge
J’attends avec fébrilité le début d’une conversation
Je suis prêt à tout dévoiler, âme et imagination
Je me fabrique même une grande personnalité
Mes tabous s’enfuient ainsi que ma timidité
Les paroles s’envolent et les écrits restent en mémoire
Chaque fenêtre s’ouvre sur une nouvelle histoire
Je montre mes émotions avec un deux points, traits d’union et parenthèse
Ma figure ainsi inconnue me met plus à l’aise
Je me suis inventé un nom pour me faire connaître
On l’interpelle si souvent qu’il fait désormais partie de mon être
Les heures passent et mes doigts ne cessent de s’agiter
Je combats la faim et le sommeil qui menacent de me gagner
Je suis complètement absorbé par cette réalité immatérielle
Il m’importe peu si je manque certains appels
Je gèle ma solitude grâce à cet appareil
Je ressemble à un bateau miniature dans une bouteille
J’imagine mon univers aussi immense que l’océan
Alors qu’il n’est pas plus grand que mon écran … 🙂
Comédie
Mes oreilles n’entendent que le silence
Mon coeur s’étouffe dans la souffrance
Pourtant, sur mon visage rien ne paraît
Dans mes yeux, on n’y voit qu’un faible reflet
Je joue deux vies, je joue deux rôles
Un enjoué et l’autre moins drôle
J’ai peur du mal, j’ai peur du vide
Je me sens perdue et trop timide
Je sais ce qui cloche, ce qui ne va pas
Mais il n’y a rien que je peux faire pour ça
Sur la scène de la vie, on joue souvent la comédie
Surtout, ne pas montrer les divergences de notre esprit
Mon histoire n’a rien de dramatique
C’est juste un théâtre tragi-comique
Des journées ça va, d’autres pas
Mon humeur change selon les heures
Parfois, je me demande si j’en suis la réelle auteur
Des comédiens, on en voit passer à chaque jours
Les vrais artistes sont plus rares que les joueurs de tours
Climat
La Terre n’est pas pour nous
Son climat est un enragé
Il fait trop chaud, il fait trop froid
Ses soubresauts sont meurtriers
Une tornade pour les étourdis
Une inondation pour les pécheurs
Un tremblement de terre pour l’irresponsable
Un volcan pour l’impénitent
Un glissement de terrain pour la cupidité
Un feu de forêt pour le pernicieux
Un verglas dévastateur pour l’insolent
Une sécheresse pour l’idolâtre
Et l’être humain pour l’être humain
Cessez
Cessez !
Cessez ce bruit
Ce bruit infernal
Infernal tintamarre
Arrêtez !
Arrêtez ces cris
Ces cris horribles
Horrible cruauté
Fermez !
Fermez ces engins
Ces engins mortels
Morts inutiles
Stoppez !
Stoppez ces machines
Ces machines de guerre
Guerre diabolique
Écoutez !
Écoutez ce silence
Ce silence intérieur
Intérieur menacé
Choisissez !
Choisissez la sagesse
La sagesse humanitaire
Humanité terrorisée
Agoraphobie
Piège de mes désirs
Piège de ma volonté
Comment m’enfuir de cette cage dorée ?
Les murs de ma raison
Les murs de ma maison
Comment sortir de cette prison ?
11-11-06
11-11-06
Je suis ici, juste à côté de toi
Est-ce que tu me vois ?
Je te fais des signes
Regarde, je suis là
Cesse de répéter ce même mouvement
Puisque tu m’apportes ton aide
Je suis au courant
Religion de savants
N’empêchent pas les mourants
De trépasser, les pieds devant
Adieu personnage aimé
Je suis en deuil aujourd’hui. L’un de mes personnages vient de rendre l’âme. Je l’ai créé il y a trois ans, croyant avoir la possibilité de jouer avec lui pendant très longtemps. J’ai choisi son visage, son nom, ses traits de caractère, ses défauts et ses qualités. Il était charmeur et jovial, beau, grand et fort.
Malheureusement, dû aux récents changements dans le plan d’écriture du livre no 7, son futur vient de disparaître. Le pauvre est désormais victime d’une terrible tragédie.
Même si j’écris du Dark Fantasy et du surnaturel, je ne m’amuse pas à liquider mes personnages. J’y résiste toujours, cherchant un moyen de les épargner d’une fin dramatique, mais je n’y arrive pas. Je ne suis pas du genre à choisir un groupe de gens pour les zigouiller les uns après les autres pour qu’à la fin il en reste qu’un seul… ou pas du tout. Je ne cherche pas non plus les moyens les plus horribles pour les tuer. Je suis une mauvaise fan du genre de l’horreur – le gore et les films à la « Saw » ne me plaisent pas du tout. Je n’aime pas les morts gratuites, il doit y avoir une cause, une raison, elle doit faire avancer l’histoire et elle doit avoir du sens.
J’ai étudié le cas de mon personnage et, à ma grande surprise, ça faisait du sens… encore mieux, ça règle quelques problèmes pour le livre suivant. Je dois donc accepter l’innévitable : il doit crever. *insérer rire diabolique ici*
Je me console en me disant qu’au moins, il est le seul décès du livre… pour l’instant. Non, attendez… il y en a un autre…hum. Finalement, je pense qu’il y a plus de morts dans mon histoire que de décès. (je parle de fantômes… c’est ok si vous ne comprenez pas…)
L’art est une collaboration entre Dieu et l’artiste
« Art is a collaboration between God and the artist, and the less the artist does the better. » ANDRÉ GIDE
Traduction : L’art est une collaboration entre Dieu et l’artiste – moins l’artiste en fait, mieux c’est.
J’ai toujours dit que mon travail, que ce soit dans la peinture, la musique ou l’écriture, est 20% réflexion et 80% inspiration. Je suis contente de voir que je ne suis pas la seule à y croire.
Je peux décider quelques détails de mes histoires, mais le reste doit se faire de lui-même. Je place le début et la fin, cependant, le milieu est un territoire inconnu qui se dévoile à mesure que je gribouille (ou que je pianote sur le clavier du portable). Souvent, je suis aussi surprise, triste, horrifiée ou crampée de rire que le lecteur.
Je suis consciente que ce n’est pas tout le monde qui peut travailler ainsi, raison pour laquelle il y a beaucoup de vedettes, mais peu d’artistes.
Un exemple est le temps que j’ai passé à vouloir qu’un de mes personnages agisse d’une telle façon. Je cherchais un moyen pour faire avancer l’action dans une direction donnée et je l’avais écrit comme tel. Puis, j’ai bloqué… pendant longtemps. Jusqu’à temps que j’abdique et que j’admette que ce n’était pas une bonne idée – j’ai ensuite demandé une solution, puisque ça ne semblait pas faire l’affaire. ( Imaginez que je discute avec mes personnages… il s’agit là de la meilleure façon d’écrire un dialogue. J’ai peut-être l’air folle, mais ça marche)
Un bon matin, alors que j’époussetais la télé, la solution est arrivée par elle-même, comme un flash. Un bout de film qui joue dans mon esprit et pour lequel je n’ai pas besoin de mettre une once d’effort. À chaque fois qu’une idée m’apparaît ainsi, je m’étonne et je me dis que c’était donc si simple, pourquoi n’y avais-je pas songé avant. J’adore ces moments de découverte. 🙂
Le début de la fin
J’ai eu une très bonne période d’écriture hier. Avec la température pluvieuse, il n’y avait pas grand chose d’autre à faire de toute façon. Alors, pendant quatre heures (entrecoupées de pauses, bien sûr) j’ai retranscrit les 2 pages que j’avais écrites lundi et j’ai continué pendant 8 autres pages.
Je pense que le fait d’avoir débuté le chapitre à la plume dans un cahier m’a aidé à reprendre le fil de l’histoire. Peut-être que c’est aussi le fait qu’il s’agissait de la fin de la série, un bout d’histoire que je viens tout juste de découvrir. Maintenant que je connais comment tout ça se termine, je pourrai me concentrer sur le reste.
Mais ce qui m’a étonnée le plus hier a été le fait que j’ai enfin ressenti mon coeur se serrer pendant que j’inscrivais les mots qui scellaient la destinée de mon personnage principal. C’est quelque chose qui n’est pas arrivé depuis longtemps. Oh, bien sûr je trouve toujours des paragraphe drôles, tristes ou horribles, mais ils ne me touchaient pas aussi profondément qu’à l’habitude. Ce petit plus que j’avais perdu fait une grosse différence dans ma façon d’écrire.
Alors, hier j’ai écrit et j’ai réussi à me faire pleurer… avec la pluie qui tombait à l’extérieur, c’était encore plus mélancolique. (il ne manquait que la musique avec les violons) C’est déchirant et si beau en même temps… et je me dis que si je ressens ces émotions, il y a de grandes chances que les lecteurs les ressenteront aussi. Je crois que c’est ce qui fait un bon livre – lorsque l’auteur réussit à nous transmettre ses émotions avec ses mots.
J’ai terminé cette session en retournant à l’avant-dernier livre pour ajouter un paragraphe tout à fait tordant. Y’a toujours de la place pour de l’humour, même dans une histoire de dark fantasy. 😀